| Utopie et catastrophe : Quelles formes pour l’utopie à « l’âge des extrêmes » ? |
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Appel à communication Journée d’études TELEM/FORELL B3
Université Bordeaux 3 Jeudi 1er décembre 2011
Les équipes Forell B3 (Université de Poitiers, « Esthétiques comparées ») et Telem (Université Bordeaux 3) ont initié depuis un an une réflexion commune sur les liens entre utopie et catastrophe. La journée du 1er décembre est le troisième rendez-vous des deux équipes de recherche autour de ce programme commun (après le 21 janvier à Bordeaux dans le cadre du séminaire Modernités et le 17 mars à Poitiers). L’utopie ne cesse de susciter la réflexion des littéraires et des philosophes, ainsi que le montrent plusieurs ouvrages récents, comme le dernier numéro de la revue Europe « Regards sur l’utopie » (n° 985, mai 2011) ou le livre de Pierre Macherey, De l’utopie ! (2011 également). C’est dire que l’actualité nous demande de relire l’utopie et, plus précisément, nous permet peut-être de nous libérer de la vision anti-utopique de la fin du XXe siècle, quand une vulgate largement acceptée assurait que les penseurs utopistes avaient anticipé, voire préparé, les totalitarismes[i]. Or, d’un autre côté, nous vivons le temps d’une inédite « biopolitique des catastrophes » (F. Neyrat), qui utilise les désastres pour resserrer le contrôle des populations et mieux séparer l’ « indemne » du « périssable » : à la critique, aujourd’hui datée, suivant laquelle les utopies conduiraient à la catastroph s’adjoint le récit contemporain suivant lequel la catastrophe interdit l’espérance d’une alternative utopique au libéralisme. Il semble dès lors qu’il faille penser ensemble utopie et catastrophe, moins pour reprendre ces condamnations symétriques de l’utopie que pour faire apparaître des liens inédits entre les deux notions. La réflexion est d’autant plus ouverte qu’ « utopie » et « catastrophe » sont deux signifiants polysémiques. Un spécialiste comme Jean-Michel Racault distingue fermement l’utopie-genre (littéraire) de l’utopie-mode (de la réflexion politique). De même, on peut envisager la catastrophe comme un événement qui interrompt brutalement le continuum de l’histoire ou voir au contraire dans la chaîne des événements historiques « une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines » (Walter Benjamin, “Thèses sur l’histoire”). L’utopie traverse des contextes historiques évidemment hétérogènes, qui renvoient à autant de façon de penser la catastrophe. On pourrait ainsi s’engager dans les quelques directions suivantes : - relire les utopies classiques à la lumière des catastrophes modernes, ce qui fait apparaître que l’utopie a toujours intégré la critique de ses propres constructions , - comparer les procédés des anti-utopies récentes à ceux des utopies classiques, ce qui mène à relativiser l’opposition convenue de la société harmonieuse et du cauchemar totalitaire , - étudier les rapports de l’utopie et de la pensée apocalyptique, pour voir la façon dont la survenue des catastrophes peut nourrir l’imaginaire utopique, - repérer la permanence de l’utopie aux XXe et XXIe siècles, sous des formes spécifiques qu’il nous faudra décrire : quelles formes pour l’utopie à « l’âge des extrêmes » (Hobsbawm) ? C’est principalement à cette dernière question que sera consacrée la journée d’études du 1er décembre. Les propositions de communication peuvent être adressées à Jean-Paul Engélibert (jeanpaul.engelibert@yahoo.fr) et Raphaëlle Guidée (rguidee@yahoo.fr) avant le 30 septembre 2011.
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