1er pôle de l’axe B : Approches sémiotiques et linguistiques
Les deux programmes groupés autour de ce pôle ont des origines différentes : le premier fait émerger une dimension sémiotique qui était absente de la programmation du quadriennal 2007-2010 et qui permet de faire la jonction entre les travaux d’inspiration linguistique conduits dans la précédent quadriennal par des chercheurs en langue et littérature française dans le cadre du sous-programme « La question » et les recherches poursuivies par les chercheurs de la composante linguistique issue de TELANCO ; le second, porté par ceux-ci, approfondit une question qui se dessinait en filigrane du sous-programme (2007-2010) « Corrélations entre les savoirs et le discours ».
- B1-Sémiotique des cultures
Projet et objectif scientifiques. Le programme vise à développer une sémiotique des cultures axée sur le développement d’une herméneutique matérielle, qui s’appliquerait non seulement au langage verbal (plus particulièrement au texte littéraire), mais aussi aux différentes sémioses non verbales (musique, peinture, sculpture, danse, etc.) ou mixtes (musique/texte, peinture/texte, dessins/texte, musique/danse, etc.).Manière de retrouver le projet saussurien initial d’une étude de la vie des signes au sein de la vie sociale, mais aussi de le déplacer considérablement : il s’agira cette fois, d’une part, d’adopter une perspective non logocentriste, c’est-à-dire trans-sémiotique (si l’on entend par là une sémiotique, encore prospective, tendant à constituer des outils descriptifs valables pour l’ensemble des performances sémiotiques, langage verbal compris, tout en conservant les spécificités de fonctionnement de chacune) ; d’autre part, de postuler – contre le scepticisme affiché de Saussure lui-même ou encore d’un de ses plus éminents continuateurs, François Rastier – la nécessaire conjonction des sémiotiques descriptives, particulières, et d’une ou des sémiotique(s) générale(s), d’ordre philosophique ou méta-théorique, dans la mesure où l’on considère que toute pratique et toute réflexion sur les pratiques engagent la responsabilité du théoricienpraticien. Ces deux postulats devraient permettre d’explorer et de mettre à l’épreuve de nouveaux outils sémiotiques et d’aborder notre « passibilité » au sens (J.-L. Nancy), conçue comme mixte de sensible et d’intelligible et justifiant qu’il soit fait appel à différentes formes d’interdisciplinarité. Mise en œuvre. Le programme, porté par Lia Kurts (MCF), se développera selon l’échéancier suivant : un séminaire tous les deux mois, un colloque tous les deux ans (ou seulement un à la fin du quadriennal), avec publication des travaux aux Presses universitaires de Bordeaux. Ce séminaire s’organisera en partenariat avec les chercheurs en sémiotique des universités de Paris IV, de Nice et de Toulouse 2 et prendra ainsi une dimension nationale.
- B2-Discours de la spatialité/spatialisation
Projet et objectif scientifiques. Ce programme prend acte de la structure paradoxale de la notion d’espace (comme de beaucoup de notions socialisées) : il est à la fois espace qui m’entoure, dans lequel je m’inscris, et espace que je construis ; il est à la fois spatialité et spatialisation. S’agit-il de dire ma spatialité, c’est-à-dire de définir l’espace qui m’entoure, ou s’agit-il de dire ma spatialisation, c’est-à-dire l’espace que je configure avec mes opérations cognitives, qu’elles soient mentales (au sens de la connaissance rationalisante) ou affectives ? De ce fait, l’espace est à la fois espace concret (cette table sur laquelle j’écris), espace mental (cette fantasmagorie que je perçois dans les nuages), espace discursif (mon dire de et sur l’espace, mais aussi les formes de ce dire et de son énonciation). Le programme travaillera la notion d’espace sur plusieurs plans. Au niveau théorique, on s’intéressa au plan de la cognition (comment s’élaborent mes repérages ? comment s’articulent-ils ? comment définissent-ils un espace discursif signifiant ?) et au plan linguistique (quelles formes prend à l’écrit et à l’oral la structuration d’un espace qui m’entoure ? comment le locuteur met à l’œuvre un patron intonatif pour décrire un espace iconiquement ? peut-on croiser le discours de la spatialisation et les caractéristiques phonostylistiques d’un genre discursif ?). Au niveau expérimental, on considérera à nouveau le plan linguistique (la construction discursive de la figuration peut être étudiée sur des paires de sujets qui sont séparés et qui « disent » l’espace à l’autre – ce type de protocole a déjà été utilisé, il sera développé), puis le plan didactique (l’intonation est considérée généralement comme un facteur d’appropriation de la production articulatoire ; on mettra en place un dispositif expérimental pour vérifier la corrélation entre les niveaux intonatif et articulatoire avec des apprenants de français langue étrangère ; on étudiera aussi l’impact d’un travail métalangagier à partir de la visualisation et de la manipulation du signal sonore sur les apprentissages des réalisations intonatives en langue étrangère). Mise en œuvre. Le programme, porté par Henri Portine (PR), associera les chercheurs, docteurs et doctorants de TELEM relevant de la 7ème section, notamment : Agnès Bracke (MCF), Lia Kurts (MCF), Maria Caterina Manes Gallo (PR), Catherine Mathon (MCF), Émilie Voisin (post-doctorante).
- 2e pôle de l’axe B : Écrire et lire avec les affects
Ce deuxième pôle programmatique prolonge et diversifie le programme émergent « Émotions de la littérature », qui s’est mis en place en 2008.
- B3-Émotions de la littérature
Projet et objectif scientifiques. Le regain d’intérêt que connaît la question interdisciplinaire des émotions a ouvert, à l’échelon international, un domaine scientifique qui fait la jonction entre les recherches sur le corps et sur l’esprit : les sciences de l’affect. Faisant suite au séminaire qui s’est tenu en 2008-2009 et à la journée d’études organisée en juin 2009 à l’ENS de Paris, comme au colloque « L’Empathie et esthétique » tenu en mai 2010, qui tentent d’explorer quelques-unes des questions originales, tant théoriques qu’historiques, posées par la théorie des émotions, ce programme essayera de constituer un vocabulaire spécifique d’analyse des émotions esthétiques permettant de penser à nouveaux frais certains aspects de la fiction comme celui des pouvoirs et des effets de la littérature. Mise en œuvre Actions envisagées. Le programme, porté par Alexandre Gefen (MCF), exploitera deux formes de travail : un ou deux colloque(s) transversa(ux) sur la durée du quinquennal permettant de faire le point sur des questions théoriques générales autour de notions nodales de la problématique (on envisagera, par exemple, un travail sur « émotions et formes littéraires ») ; un séminaire mensuel destiné, d’une part, à permettre un dialogue approfondi avec des spécialistes venus d’autres disciplines invités à Bordeaux et, d’autre part, à travailler sur un projet d’ouvrage collectif qui pourrait prendre la forme d’un dictionnaire des émotions esthétiques ou d’un ouvrage de synthèse raisonné et pédagogique sur cette même notion. Moyens humains et partenariats. Le programme implique entre 5 et 15 chercheurs de TELEM, des recoupements existant avec certains aspects de l’axe « Littérature et politique » autour de l’analyse de l’action et des effets des discours. Il cherchera à s’organiser en réseau, en prenant notamment comme point de départ les relations déjà nouées avec le programme du groupe Phi du CELAM (Emmanuel Bouju, Rennes 2), le groupe de recherche « Lecture littéraire » (Gérard Langlade, Toulouse 2), plusieurs chercheurs suisses participant au programme de recherche sur les « sciences affectives » et plusieurs spécialistes américains de philosophie esthétique travaillant sur la théorie des émotions. Si les synergies transdisciplinaires et internationales escomptées se développent comme prévu, le dépôt d’une demande de soutien type ANR sera envisagé pour faire face aux engagements nécessaires.
3e pôle de l’axe B : Enjeux épistémiques de la littérature
Ce troisième pôle programmatique regroupe deux programmes qui prolongent les travaux entamés durant le quadriennal 2007-2010 autour des «Formes critiques du discours » : « Apories, paradoxes et autocontradictions : la littérature et l’impossible » et « La question ». Ce dernier programme à vocation transhistorique a donné lieu à des enquêtes historiques qui débouchent donc dans le quinquennal 2011-2015 sur deux programmes en principe indépendants : « Littérature et système de pensée : confronter les discours » (A4) et « Récit et vérité à l’époque classique » (B5).
- B4-Apories, paradoxes et autocontradictions : la littérature et l’impossible
Projet et objectif scientifiques. Ce programme prolonge une réflexion entamée dans le précédent quadriennal et qui s’est traduite par l’organisation du colloque « Impuissance de la littérature » (Gafsa,Tunisie, avril 2009). Il cherche à nouer historiquement la question posée par le motif de l’impossible. Le mot de Barthes selon lequel « la modernité commence avec la recherche d’une littérature impossible » se vérifie abondamment depuis plus de deux siècles : Rousseau, Flaubert, Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, Kafka, Bataille, Artaud, Borgès, Beckett, Blanchot, Jabès…, mais cet aspect autocontradictoire de l’écriture littéraire n’est cependant pas absent de certaines œuvres antérieures. Ce programme explorera la situation d’œuvres, modernes ou plus anciennes, fondées sur le paradoxe ou l’aporie : lorsque le texte dit l’impossibilité de dire, écrit l’impossibilité d’écrire, lorsque la parole advient en disant son extinction, lorsque l’inspiration naît de la perte d’inspiration, ou que l’énonciation réalise l’inverse de ce que déclare l’énoncé. Mise en œuvre Actions envisagées. Le programme, porté par Éric Benoit (PR), se développera sur deux ans à travers le séminaire d’équipe du Master 2 d’Études littéraires, puis donnera lieu à un colloque international, l’ensemble des travaux devant être publiés dans la collection Modernités (Presses universitaires de Bordeaux). Moyens humains et partenariats. Chercheurs de TELEM : Éric Benoit, Alexandre Gefen (MCF) ; Partenariat et réseau international : Oxford University (Michael Sheringham, Mike Holland), université de Niigata (Japon).
- B5-Récit et vérité à l’époque classique
Projet et objectif scientifiques. Ce programme, qui s’inscrit dans la continuité des journées d’études sur les « discours rapportés » (septembre 2009), a pour principe la rencontre régulière de spécialistes du récit fictionnel (roman, conte, « nouvelle », etc.) et de spécialistes du récit « historique » (au sens le plus large) à l’époque classique. Il s’agira de confronter, aussi bien sur le plan des pratiques (celles des romanciers, des mémorialistes, des historiens, etc.) que sur celui des théories (des « poéticiens » du roman aussi bien que des historiographes), les deux grands champs narratifs du « factuel » et du « fictionnel » et d’examiner sur quels points et dans quelle mesure ils se distinguent et se rapprochent aux XVIIe et XVIIIe siècles. Pour ce faire, on isolera lors de chaque rencontre une des dimensions du récit (par exemple, la représentation de la vie psychique, les formes et enjeux du portrait, la place de la digression et du commentaire, l’obsession du « naturel » dans la narration…), de manière à faire apparaître, sur chacun de ces points, l’éventuelle spécificité de leur «réalisation » en fiction et en histoire à l’époque concernée. On s’interrogera plus particulièrement sur les frontières discursives les plus embrouillées (récit historique/nouvelle historique, Mémoires/faux Mémoires/Romans-Mémoires…) pour mettre en lumière les efforts d’imitation de l’histoire par la « fiction » et pour interroger leurs limites. Les points forts de ce programme sont le dialogue systématique entre deux champs de recherche pour une large part encore séparés, la conjonction exigeante d’apports théoriques (sur le récit, les genres, les frontières de l’histoire et de la fiction) et de réflexions sur les spécificités de la période concernée, la contribution à l’un des chantiers les plus importants de la recherche actuelle, aux enjeux interdisciplinaires évidents. Mise en œuvre Actions envisagées. Ce programme, porté par Catherine Ramond (MCF), s’ouvrira par un cycle de journées d’études réunissant des spécialistes du roman et du récit historique (XVIIe-XVIIIe siècles) : chaque rencontre se déroulera sur deux ou trois demi-journées et se focalisera sur une question précise. Un colloque en fin de quinquennal portera la réflexion à un niveau international. Un ouvrage collectif fera la synthèse des recherches présentées et de l’approfondissement auquel les dialogues auront donné lieu. Moyens humains. Liste non exhaustive de chercheurs susceptibles de participer au programme : Christelle Bahier-Porte (Saint-Étienne), Frédéric Briot (Lille), Mathieu Brunet (Aix-Marseille), Frédéric Charbonneau (Laval, Québec), Pascal Debailly (Paris 7), Anne Defrance (Bordeaux 3) Florence Dumora (Paris 7), Aurélia Gaillard (Bordeaux 3), Jean Garapon (Nantes), Alexandre Gefen (Bordeaux 3), Nathalie Grande (Bordeaux 3), Caroline Jacot-Grapa (Cergy-Pontoise), Régine Jomand-Baudry (Lyon 2), Emmanuelle Lesne (Clermont-Ferrand), Florence Magnot (Montpellier 3), Hélène Merlin (Paris III), Gilles Magniont (Bordeaux 3), Christophe Martin (Paris X), Sylvie Patron (Paris 7), Marie-Paule Pilorge (Tours), François Raviez (Arras),Yannick Séité (Paris 7), Malina Stefanovska (Los Angeles), Christian Zonza (Nantes).
4e pôle de l’axe B : Transmissions
Le quatrième et dernier pôle de l’axe « Discours, esthétique et cognition », réunit des programmes qui ont pour point commun de porter sur la transmission de la littérature, soit à travers un corpus spécifique (la littérature de jeunesse), soit à travers les théories et les pratiques de son enseignement. Ces deux programmes, pris en charge par des chercheurs de TELEM enseignant à l’IUFM d’Aquitaine, viennent consacrer de manière formelle l’intérêt porté depuis plusieurs années par l’équipe à cette dimension du fait littéraire et trouveront un soutien particulier dans la structure fédérative du Centre Aquitain de Recherches en Éducation-Connaissance-Société (CARECS).
- B6- Littératures de jeunesse en Europe
Articulé au programme « La constructin des jeunes générations en Europe (XIXe-XXIe siècles). Formes d’organisation et mobilités. Modélisation(s) et perspectives comparées », porté par la Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine pour le quadriennal 2011-2014 (voir supra), ce programme se donne pour objectif d’ouvrir un dialogue avec historiens (Bordeaux 3) et sociologues (Bordeaux 2 et Bordeaux 4). Il a pour ambition de revenir sur la constitution et l’affirmation d’une littérature de jeunesse en Europe, dont les prescriptions éditoriales comme les figures de lecteur auxquelles elle en appelle permettent de modaliser une identité « jeunesse » évoluant dans ses représentations. Le propos de cette recherche, comparatiste, sera de voir comment ces représentations se façonnent sur plus d’un siècle dans les pays du Sud de l’Europe (Italie, Espagne et France) et dans les pays du Nord (Suède et Allemagne). On n’oubliera pas de s’intéresser avec les historiens et les sociologues à l’émergence d’une presse pour la jeunesse (d’obédience catholique ou communiste en France) et des valeurs qu’elle cherche consciemment à véhiculer. Le dialogue inter-disciplinaire aura donc ici toute sa raison d’être. Mise enœ uvre Actions envisagées. Le programme, porté par Christiane Connan-Pintado (PR), prendra la forme d’un séminaire itinérant, avec voyages d’études et invitations de collègues étrangers. Le travail entrepris débouchera, en fin de quinquennal, sur une grande exposition à la Bibliothèque municipale de Bordeaux autour des différentes représentations de la jeunesse, articulées historiquement. Moyens humains et partenariats. Chercheurs de TELEM : Lise Chapuis, et autres : Florence Gaiotti (IUFM de Lille), Mathieu Letourneux (Paris X), Cécile Boulaire (Tours). Le programme s’appuiera sur des échanges avec Bologne, Salamanque et le Land de Hesse et sur un travail sur le fonds Astrid Lindgren en Suède. Les partenariats européens de la Région Aquitaine, de Médiaquitaine, l’appui de la Joie par les livres et du CRALEJ (centre de documentation hébergé par la Bibliothèque Municipale de Bordeaux, qui compte un fonds de trente mille ouvrages de jeunesse) fournissent les bases de ces échanges.
- B7-Didactique de la littérature
Projet et objectif scientifiques. Ce programme a pour but de faire émerger une véritable réflexion en didactique de la littérature au sein de TELEM. Il relève fondamentalement des études littéraires et vise à problématiser les enjeux et les modalités de l’enseignement de la littérature à tous les niveaux, de la maternelle à l’Université. Les réflexions suscitées par l’enseignement de la littérature sont au croisement de plusieurs champs de recherche et de connaissances et se développent selon des approches plurielles. La didactique de la littérature, inscrite initialement dans la didactique du français, est une discipline jeune : elle s’appuie sur l’analyse des œuvres, des savoirs littéraires et des outils théoriques pour réfléchir aux approches et aux conditions de leur enseignement. Elle est un espace de questionnements et de tensions nourries à diverses sources. Mise en œuvre. Le programme, porté par Brigitte Louichon (PR), prolonge des actions qui ont débuté au cours du quadriennal 2007-2010 : séminaire de didactique de littérature ouvert en 2ème année à l’IUFM grâce à un partenariat entre TELEM et l’IUFM d’Aquitaine-Bordeaux 4 dont les communications sur la période 2008-2010 vont être publiées en volume ; colloque TELEM-IUFM « Sens de la langue et sens du langage – Grammaire, littérature, traduction » (mars 2010) organisé par Chantal Lapeyre-Desmaison, Isabelle Poulin et Jérôme Roger. Un autre colloque TELEM-IUFM devrait avoir lieu en 2012 (depuis 2002, un colloque a lieu tous les deux ans). Par ailleurs, le séminaire inter-équipes « Lecture littéraire, théorie, enseignement » (qui fonctionne avec deux journées d’études par an et un colloque en fin de programme) ayant travaillé durant la période 2006-2009 sur la notion de « texte du lecteur », l’ouverture, dans les années à venir, de la notion de sujet lecteur à l’altérité ou à l’intersubjectivité pourrait permettre de penser certains phénomènes relatifs à la lecture littéraire et à l’enseignement de la littérature (communautés interprétatives, image de l’autre, littératures francophone
|