1er pôle de l’axe A : Usages socio-politiques et littéraires de la langue
Projet et objectif scientifiques. Relayant la réflexion entreprise en 2007-2010 autour de la question, ce programme vise à interroger l’inscription des formes linguistiques dans des sciences ou des géographies du bien et du mal et les stratégies discursives qui engendrent ce partage ou qui s’en autorisent. Il concerne donc aussi bien les linguistes ou les philosophes que les littéraires, quels que soient leurs domaines de spécialisation. Mais les questions que soulèvent les uns et les autres ne doivent pas être considérées à travers le seul prisme de l’histoire littéraire : de leur actualité témoignent le retour des réquisitions en faveur d’une « langue pure » (le motif, lancinant dans la société d’Ancien Régime, revient dans les débats afférents à la morale républicaine), les prises de position très diverses quant à la place de la littérature jeunesse ou des genders studies dans le monde de l’enseignement (avec les interrogations que ces nouveaux champs suscitent, en tant qu’éventuels supports d’une morale éducative ou d’une redistribution des rôles sociaux), ou encore les propos d’écrivains contemporains mettant en avant la part de l’art qui, pour reprendre le mot de Jean-Luc Godard, constitue une « affaire de morale ».
Projet et objectif scientifiques. En étroite relation avec le précédent, ce programme se propose d’abord de montrer que le rapport à la langue française au sein du vaste espace francophone n’est pas toujours marqué, contrairement aux représentations qu’en ont données certains discours critiques, par le ressentiment, la mauvaise conscience, la souffrance (en grande partie surévalués par la théorie postcoloniale), ni même par une « surconscience » linguistique particulière (Lise Gauvin), mais qu’il est caractérisé par la diversité, puisqu’il varie selon les aires culturelles et les champs littéraires particuliers, selon les positions d’écrivains à l’intérieur d’une même aire, d’un même champ littéraire. Il conviendra donc d’établir un état des lieux en prenant appui sur les discours critiques les plus représentatifs, mais aussi et surtout sur les discours des écrivains francophones eux-mêmes (manifestes, et autres prises de positions explicites), en vue de dresser une typologie des positionnements à l’égard de la langue française dans les diverses littératures francophones et un historique des évolutions de ces positionnements au fil des générations d’écrivains. L’hypothèse de départ postulant chez les écrivains francophones actuels un rapport moins conflictuel et surtout moins exclusif à la langue française (bilinguisme ou plurilinguisme de plus en plus assumés, que cela corresponde à une situation sociolinguistique effective et/ou à une modalité d’écriture créative), on étudiera, dans une seconde étape de la recherche, les valeurs symboliques, affectives et stylistiques qui motivent l’usage du français, en particulier lorsqu’il est question d’exprimer des sentiments et des éléments référant à la sphère de l’intime, ou qui, au contraire, le disqualifient au profit de l’autre ou des autres langue(s) de compétence (dont la spécialisation et la capacité expressive devront également être mises au jour).
Projet scientifique et objectifs. Ce programme se propose d’étudier l’emploi de la langue occitane dans la presse française d’Aquitaine durant la première période de la Troisième République (1870-1914). Entamée en 2008-2009, cette recherche vise à constituer un corpus de ces textes, relativement nombreux et très peu étudiés, et à en procurer une analyse historique, littéraire et linguistique. Leur intérêt est en effet triple : par la médiation de la langue locale (le « patois »), minorisée et en voie de légitimation, ils mettent en œuvre une manière originale d’intervenir dans le débat politique, de l’échelon local à l’échelon national ; censés devoir ainsi toucher un public paysan qui n’a pas encore, ou peu, accès directement à la lecture, ils développent une façon de traiter de la matière politique en jouant sur les motivations supposées spécifiques du public visé, notamment en faisant appel à des moyens d’énonciation particuliers, marqués par une forte dimension d’oralité (dialogues, pseudo-correspondances, pseudonymes), et à des usages très variés de la langue locale, qui vont de l’appropriation sommaire du français standard à la particularisation dialectale la plus ostentatoire. En portant au jour ce gisement méconnu d’écrits occitans, ce programme a l’ambition de renouveler la vision traditionnelle, induite par le Félibrige et les modes de production et de fonctionnement qui lui sont propres, d’une écriture occitane étroitement «littéraire », en marge du mouvement général de la société française, et de montrer que la langue régionale, en domaine occitan comme ailleurs, a pu être un médium actif dans la vie politique bien avant le renouveau des années 1960. 2e pôle de l’axe A : Investissements épistémiques et socio-politiquesSous ce deuxième pôle programmatique viennent se ranger un programme émergent du quadriennal 2007-2010, « Contrôler les discours », lié au programme « La question » (2.1), et un programme original à vocation comparatiste, qui entretient avec le précédent des liens suffisamment étroits pour avoir été dissocié des deux autres programmes comparatistes (A8 et A9).
Projet et objectif scientifiques. Ce programme poursuit une réflexion amorcée dans la seconde moitié du quadriennal 2007-2010 à travers deux séries de journées d’études (juin et septembre 2009). Il se propose d’interroger la littérature en tant que lieu où se croisent et se restructurent des discours qui imposent des savoirs institutionnalisés ou canalisent des rêves sociaux (théologie, sciences, rhétorique, ethnologie, mais aussi discours prescriptifs mettant en scène un ordo social : parenté, sexualité, royauté, sacralité, etc.) et qui, de ce fait, entrent dans les mécanismes complexes de l’autorité et de la légitimité. Par tout ce qu’ils imaginent, les récits engagent une lutte et un dialogue avec ces discours, qui s’imposent comme les organisateurs, les producteurs et les diffuseurs principaux de systèmes de valeurs et de pensée et qui, en retour, informent la littérature, dévoratrice de ces discours autres, qu’elle assimile, recycle, refabrique, en cherchant ses propres limites et ses propres territoires et en marquant une spécificité sans doute irréductible. Sur un versant plus épistémologique, ce programme fera retour sur les moyens que se donne cette approche transversale du texte littéraire aux fins de penser en termes plus systématiques la nature du dialogue et les modes de circulation entre les différents discours disponibles et d’interroger l’identité des textes, notamment leur littérarité. Afin de réévaluer à nouveaux frais et sous cet angle, le statut et l’identité complexe de la littérature, les travaux envisagés s’inscriront dans une double perspective, diachronique (à partir du Moyen Âge et jusqu’à la période contemporaine, sans négliger, le cas échéant, les relations avec l’Antiquité) et interdisciplinaire.
Projet et objectif scientifiques. Ce programme, soutenu par TELEM et FORELL (Poitiers), veut porter la contradiction à l’idée reçue selon laquelle l’utopie serait devenue obsolète : fin de l’histoire et politiques de contrôle interdiraient les constructions imaginaires arrimées à un « principe espérance ». Le présent programme veut au contraire affirmer la permanence de l’utopie aux XXe et XXIe siècles, sous des formes spécifiques qu’il faudra décrire. Le problème pourrait être formulé sous la forme d’un impératif : penser l’utopie au temps des catastrophes historiques, ou d’une question : quelles formes pour l’utopie à l’« âge des extrêmes » (Hobsbawm) ? Mais l’utopie n’est pas adossée à la catastrophe depuis un siècle seulement : elle l’est depuis les origines, comme en témoigne la structure binaire de L’Utopie de More. D’autre part, on a déjà décrit l’utopie comme la réponse des philosophes au millénarisme populaire issu du Moyen Âge : l’utopie est une réponse aux prophéties d’apocalypse. Le programme est donc susceptible d’accueillir des recherches se déployant de la Renaissance au XXIe siècle. Il est comparatiste par nature, toutes les langues européennes ayant développé des utopies, mais ouvert aux spécialistes de différentes aires culturelles. Il intéressera d’abord les littéraires, mais peut s’ouvrir aux philosophes et aux historiens. 3e pôle de l’axe A : Pratiques génériquesCe troisième pôle programmatique articule deux programmes en lien étroit avec des actions antérieures : d’une part, le programme « Littérature et journalisme », qui constitue le second volet d’un vaste projet formé autour des contributions journalistiques de François Mauriac ; d’autre part, le programme « La critique littéraire : situation, pratiques et enjeux contemporains », qui prend la relève des recherches entreprises depuis 2008 autour des «Formes et forces de l’essai littéraire moderne et contemporain ».
Projet et objectif scientifiques. Ce programme s’inscrit dans le prolongement de celui du précédent quadriennal. Depuis 2005, un des objectifs principaux des spécialistes regroupés autour du Centre Mauriac, aujourd’hui composante intégrée à TELEM, a été de mettre à la disposition de publics variés, sous la forme d’une base de textes numérisés, l’ensemble des articles et contributions que l’écrivain a publiés dans la presse (4 000 textes). Le contrat quadriennal 2011-2014 s’appuiera sur les conclusions tirées de cette étude préalable, qui a conduit à ne retenir qu’un échantillon précis, les années 1937-1938, c’est-à-dire 140 articles, aujourd’hui numérisés. Il s’agira d’étendre à l’ensemble des textes, et conformément au protocole défini et accepté par l’ensemble des acteurs, différentes opérations dont les principales seront : 1) la numérisation, l’indexation et l’annotation des textes numérisés ; 2) l’articulation entre les textes numérisés et les textes sous format PDF, qui reproduisent la réalité éditoriale des textes concernés ; 3) la restitution de tous les textes qui « dialoguent » avec les articles concernés, qu’ils émanent de Mauriac lui-même, de ses interlocuteurs ou de simples échos de contexte ; 4) les « parcours » de ces textes à travers leurs différentes variantes, du manuscrit à l’article, puis à sa reprise en volume. L’étape finale sera consacrée à la préparation de la mise en ligne et à la conception du site qui hébergera l’ensemble de ces textes et proposera différents modes de consultation.
Projet et objectif scientifiques. Parce que la critique littéraire est un puissant révélateur des tensions entre littérature et société, ce programme se propose de l’envisager sous l’angle des relations explicites ou implicites qu’elle entretient avec les courants de pensée et les autres formes d’expression artistique d’une époque. Alors que son statut universitaire est, plus encore qu’hier, concurrencé par le journalisme, il est nécessaire d’analyser le discours de la critique et d’examiner notamment l’évolution des genres qui lui sont liés, de l’essai à l’entretien, en passant par le pamphlet. La période privilégiée sera celle qui suit la disparition des derniers grands critiques du XXe siècle (Barthes, Blanchot) et qui s’étend jusqu’à aujourd’hui. On s’interrogera sur les nouveaux objets et problèmes qui se posent à la critique, en particulier le lien entre éthique et politique, ainsi que sur le renouveau de la critique d’auteur. L’objectif est de former les étudiants qui se destinent à l’enseignement et aux métiers du livre (bibliothèque, documentation, édition) à pratiquer eux-mêmes une activité que Jean Paulhan définissait comme l’« un des noms de l’attention ». En raison de leurs convergences, ce programme et le programme « Traductions et politiques de la mémoire » (A9) développeront des actions communes. 4e pôle de l’axe A : Espaces interculturelsComme son nom l’indique, le quatrième et dernier pôle programmatique de l’axe « Littérature et politique » est de part en part comparatiste. À ce titre, il prolonge les deux projets, «L’entre-deux » et « La (dé)mesure du monde », qu’englobait le programme « Translations : textes et mondes en déplacement » du quadriennal 2007-2010.
Projet et objectif scientifiques. Ce programme a pour but de rassembler et d’étudier un ensemble de textes issus de ce que l’on peut appeler la « littérature méditerranéenne », afin d’en dégager les spécificités littéraires et les problématiques socio-historiques. Plus de trente ans après la parution des travaux essentiels de Fernand Braudel sur la Méditerranée, et à une époque où le regain d’intérêt pour le monde arabe autant que les politiques méditerranéennes se traduisent par des tentatives de définition, au sein des sciences humaines, d’un univers méditerranéen, il semble important d’engager une réflexion sur la représentation de la Méditerranée dans les textes littéraires dont les auteurs sont rattachés – ou attachés – à ce lieu. L’intérêt de ce programme est de prendre appui sur des textes poétiques animés par la volonté, si ce n’est de définir une identité méditerranéenne qui apparaît souvent illusoire, du moins de manifester une cohérence poétique provenant d’une relation à la Méditerranée. Relevant de démarches variées, ces textes peuvent présenter un discours sur la perception populaire de la Méditerranée (à la manière de L. Sciascia explorant le lien entre l’Italie et ses mers dans La Sicilia come metafora), reconstituer un imaginaire méditerranéen spécifique dans une démarche autobiographique (comme le font, en Égypte et au Liban, E. Al-Kharrât et E. Khoury), ou encore analyser la spécificité de ce lieu dans leur propre parcours d’écriture (à la manière de N. Mahfûz, qui constate la fonction structurante, dans son œuvre romanesque, du Caire et d’Alexandrie). Il conviendra également de prendre en compte des données de nature historique (l’histoire des conquêtes maritimes) ou sociologiques (l’expérience de l’exil, le rapport à la langue dans un contexte postcolonial), ainsi qu’un ensemble de travaux qui explorent la question méditerranéenne en marge de la littérature (voir Culture et violences en Méditerranée de S. Stétié,) pour éclairer et confronter les textes littéraires au-delà de leur appartenance aux catégories qui souvent les séparent (Orient/Occident ; littérature francophone/arabophone ; littérature indigène/orientaliste, etc.).
Projet et objectif scientifiques. Ce programme, centré sur les pratiques de la traduction, cherchera à cerner les voies par lesquelles ces différentes pratiques mettent en jeu les mémoires (individuelle, linguistique, nationale, etc.) qui travaillent l’œuvre littéraire. L’enjeu institutionnel de ce champ de recherches est double : il s’agira, d’une part, d’accompagner l’émergence de la collection « Translations », récemment créée aux Presses universitaires de Bordeaux ; d’autre part, de favoriser l’écoute de l’actualité culturelle auprès des étudiants du Master d’Ingénierie de projets culturels par l’accueil en séminaire de traducteurs, de metteurs en scène et de médiateurs culturels. En raison de leurs convergences, ce programme et le programme « La critique littéraire : situation, pratiques et enjeux contemporains » (A9) développeront des actions communes. |
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